lundi 14 août 2023

La pièce.

 

« Une pièce pour le verseur d'eau de la conque de Naïa,

une pièce pour le Veilleur de la flamme du temple de l'étoile naine,

une pièce pour les filles de la vertu,

une pièce pour les frères sceptiques,

une pièce pour le gardien des reliques de saint Bretteur,

une pièce pour l'église de la Rédemption,

une pièce pour le ventre de Lisa,

une pièce pour le chanteur grave,

une pièce pour les Mères des enfants jeûnant,

une pièce pour te garder vivant,

... »
Compte des six-cent-vingt-huit pièces. ( extrait de Gorve 2. Une lame d'eau.)


Si je battais monnaie... une pièce ronde, triangulaire, en bois, en bronze, en cuivre, en argent, en camplite, en punide... des francs argent, des roubles, des roublons, des chapoins, des ouistans...

Pour dix ouistans, j'ai un chapoin de camplite, cinq chapoins de camplite donnent un chapoin de punide, deux chapoins de punide équivalent à peu près ( tout dépend du cour, le cour dépend des tensions politiques entre la Valmurie et l'Orbine, ainsi que de la variation des stocks de punide) à trois ouistans.

Dans la bourse d'un grand voyageur, une dizaine de monnaies différentes ou du sel d'arome, le plus souvent pas grand chose, un peu d'espoir et d'aventure et une grande faim.



espérer du crédit auprès de la dame de pierre.



vendredi 21 juillet 2023

Pareidolie



«Je pose la page devant moi sous la lumière jaune de la lampe. Elle prend des teintes fauves et la flamme joue avec les ombres, dessine des lignes fragiles, comme un territoire en suspens, comme la carte d’un monde qui pourrait être, mais qui attend d’être inventé. Parfois les mots ne viennent pas et les histoires se taisent, n’arrivent que des lieux, des boucles et des courbes, des arêtes, des lavis d’encre. Des terres émergent des eaux du sommeil et le papier les reçoit. Des baies, des deltas, des rivages… Qui marche sur ces mondes ? Si ma pensée vagabonde, elle les anime et leur donne une sorte d’existence.» Javen l'écumier. 


L’irrégularité, la fissure, le salpêtre, la craquelure, la tache, la flaque, l’érosion… dessinent des océans et des lacs, des rivages et des chaînes de montagne.

Nul doute que nous les parcourons, que nous les avons parcourus.

Nous tirons des cartes.

Nous convoquons des territoires et des destinations, des destinées.


Pareido vue du ciel, volcans et océans, paradis en lisière


mardi 7 mars 2023

Parenthèses. Une

 

j’avais dit que ce serait un blog autour de Gorve et pas autour de moi.

Je fais une parenthèse et je remplace je par on. Un jeu où les règles sont simples, on parle de soi en faisant semblant de ne pas parler de soi.




On a fait un livre.

Le livre n’est pas distribué.

On en vend peu.

Les librairies que l’on peut démarcher ne font plus de dépôt, mais peuvent à la rigueur, exposer le bouquin et l’auteur, à côté d’une plante verte : un partenariat novateur, riche, enthousiasmant.

Consciencieusement, on s’essaie à la panoplie, on crée un blog, un machin moderne. Bon, comme on n’est pas jeune et qu’on n’y connaît rien, ça ne marche pas trop, autant que le livre. On étend la panoplie, on crée un compte chez Babelio… bon, on a des copains aussi toquards qu’on peut l’être, donc ils ne mettent pas d’avis. Tiens une bonne critique ( avec une faute d’orthographe mais pas grave, de toute façon personne ne les lit ces trucs, déjà il faut la trouver) : La fantasy est un exercice assez difficile et complexe, pour ma part le maître en la matière reste Federico Saggio, mais au fil des découvertes et des lectures, par moment, il est possible de tomber sur de très bons récits... Thierry Marc fait justement partie des bonnes surprises. Avec son roman, Danser dans le brouillard, l'auteur nous emporte dans une suite de rêveries féeriques transcendées par une écriture énigmatique du conte d'antan. La narration qui peut surprendre au début de la lecture laisse place à une réflexion sans cesse repenser du récit. Un excellent roman de fantasy, à découvrir. #danserdanslebrouillard .

La classe. On aurait aimé lui faire la bise, mais on ne sait pas où il est ni qui il est, on est tombé dessus complètement au pif.

dimanche 9 octobre 2022

La parlerie.

 

"L’humour était un des talents travaillés entre les murs de la Maison sur la Pente, mais le principal enseignement consistait à faire maîtriser par les nouveaux adeptes les mille et une façons de tuer son semblable et toutes les techniques et savoir-faire qui étaient utiles pour y parvenir, dont l’anatomie et la médecine, la maîtrise des fleuves qui irriguaient les organes, la conception des poisons et l’art d’apprêter les mets, le lancement des aiguilles de fer, le maniement du sabre… et les divers moyens pour disparaître après l’acte. Les résidents de ce monastère étaient connus sous le nom de Guerriers-Nuages. On les appelait aussi les Tueurs Rouges. Les paysans de la montagne préféraient les nommer les Danseurs des Brumes ou Ceux de la Maison." Danser dans le brouillard. Gorve. Livre 1

D'où viennent les histoires ?

Le  conteur peut toujours se vanter, dire qu'il a mâchouillé son porte-plume pour en extraire le suc, caressé sa muse dans le sens des plumes, collecté au fond des forêts des vieilles histoires de sorcières, jeté des pièces dans tous les troncs et pour tous les dieux surtout celui de la page blanche.

C'est vrai.

Ou,

il suffit d'écouter le bavardage du monde. Les personnages sont debout dans la ville, ils sortiront de ces corps et entreront dans le livre. 

La parlerie niche dans tous les coins, dans les plus communs des communs, dans les commodités.


  Deux gars sous la lune. (inédit)

— C’est le troisième Al !

— Et pas encore de grosse commission !

Les deux hommes se tassaient dans le petit édicule fixé sur la façade du château de Bourl le gras. Pour ainsi dire entre lune et Gorve, puisque le fossé se trouvait six stances en dessous et qu’au-dessus à un bras et demi, il y avait le couvercle en bois qui fermait les latrines.

Ce qu’ils faisaient là avait à voir avec une histoire d’amour, mais de loin. Pour résumer, parce que nous sommes pressés, nous dirons qu’un des deux larrons, Matt le plus petit, celui avec la moustache fine et le bouc encore plus fin, s’était amouraché d’une fille de la noblesse délatine qu’il avait entraperçue se brossant les cheveux à contre-jour au crépuscule. Son camarade Alyser, lui avait dit ce soir-là : «  Tu la vois à contre-jour, tu ne peux pas tomber amoureux ! », le plus petit des deux voleurs avait alors répondu «  Je ne suis pas certain de son minois par contre, un éclat comme celui-ci, ce ne peut être qu’une Pierre du Solstice ».

Cette fois-ci c’était une grosse commission.

Le grand voleur se tassa encore plus sous le bras du plus petit. L’étron tomba d’abord puis un copieux jet d’urine. La lumière du jour se fit un instant puis de nouveau l’ombre nauséabonde. Dans le peu de lueur qui parvenait jusqu’à leur réduit, Alyser ne put manquer toutefois de voir la trace brunâtre qui marquait le front de son collègue, il fit la grimace.

— Je sais ! dit Matt, par contre toi tu ne l’as pas vue ! Magnifique !

— Quatre ! Il serait souhaitable que Graine de Sorge ne tarde plus. Sinon !

Ils restèrent un temps silencieux puis Alyser le grand type sans trace brunâtre sur le front dit :

— Une Pierre du Solstice ?

— Ouais !

Matt poussa doucement le couvercle de bois et entra dans les latrines, son camarade se glissa à ses côtés peu après.

— Tu sens vraiment la pisse, Al !

— Ils sentent la même chose, la sueur, l’urine et le mauvais vin. On passera inaperçu !

C’est alors que la porte s’ouvrit et ce n’était pas Graine de Sorge.

La demoiselle hurla en voyant les deux hommes puis Matt la tira à l’intérieur. Il y eut une sorte de scène burlesque lorsque le voleur tenta de la bâillonner la jeune fille qui essayait de fuir alors qu’Alyser exécutait une série de petites frappes sur les points des fleuves amenant à l’inconscience, c’est à dire de nombreux endroits parfaitement inconvenants. Il y eut aussi un remue-ménage de mouvements de l’autre côté de la porte. La garde alertée par le cri, lançait son protocole : apostrophe virile, bruit d’armes, rodomontade, piétinement...

— Ça sent mauvais Matt !

L’autre grimaça. Alyser avait réussi à endormir la belle. Le petit voleur ouvrit l’abattant.

— Elle pourra au moins couvrir nos arrières.

— Si encore on peut les atteindre !

Matt hocha la tête d’agacement :

— Arrête avec tous tes jeux de mots merdiques !

Peu après une chiabrena longue et fine dégringolait des remparts jusqu’au fossé. Les deux voleurs se laissèrent glisser jusqu’au sol souillé, rappelèrent prestement leur câble puis ils se mirent à courir comme si...


https://www.babelio.com/livres/Marc-Danser-dans-le-brouillard/1457107


 

lundi 3 octobre 2022

Danser dans le brouillard.

 « Ceux des nôtres qui deviennent les Guerriers-Nuages parcourent le monde et font comme bon leur semble. Ils mettent leur savoir en pratique. Ils sont très peu nombreux, un ou deux par génération. Certains d’entre eux meurent rapidement ou se perdent à servir des maîtres ou des idées qui ne leur appartiennent pas. C’est à eux de choisir leur piste. Danser dans la brume n’est pas une voie. »  Blanc Porte-Voix. Gorve Livre 1 « Danser dans le brouillard »


Aux temps où tu dansais avec une braise sous la langue, Voix !

Où sont tes révoltes ?


Nous sommes cavaliers de chevaux morts

et nos éperons s'usent sur leurs flancs vides.

Cours !

Nous ne rattraperons plus

ce corps d'enfant.


Le livre est un objet magique qui va d’un monde à l’autre. Il traverse le temps. Ainsi ce poème écrit il y a longtemps, rejoint le roman d’aujourd’hui. Clignement d’œil au travers des années. Un tunnel dans l’œuvre.

Une image aussi.

De vrais danseurs dans le brouillard des Monts d’Auvergne, il y a déjà quelques années.

Plus que quelques années me murmure t-il. Celui qui inventa ce rêve-ci.


photo : Michel Gerardin

Ecrire de la poésie ou un roman de Fantasy... Je marche toujours avec mes compagnons. Je marche toujours avec la mémoire.





 

mardi 19 avril 2022

Une pièce pour le passage.



 


Avec quelle voix parler ?

Même si il s'agit d'écrire et de donner des nouvelles d'un monde qui n'existe nulle part. 

On peut user de celle d'un personnage. Avec révérence le tirer du grand ossuaire des légendes, lui ouvrir les yeux, enlever la pièce d'entre ses lèvres et le voici qui parle.


La fantasy.

Ce que l'on peut en dire :

Les trois dernières décennies du xxe siècle ont vu l’émergence d’un nouveau genre littéraire dans la mouvance éditoriale de la science-fiction, la fantasy, qui n’a pas tardé à lui faire concurrence. Le définir devrait donc être facile – il n’est pas si courant d’assister à l’émergence éditoriale d’un genre –, mais cette tâche se heurte à plusieurs difficultés dont la première est évidemment la définition du terme anglais fantasy lui-même.Comme le rappelle Jacques Goimard, le mot fantasy désigne à l’origine l’imagination créatrice, ce qui est également l’un des sens du mot français “ fantaisie ” : “ Faculté de créer librement, sans contrainte. ” Au terme “ fantaisie ”, est souvent associée la notion d’originalité. Appliqué plus spécifiquement à la littérature, le terme fantasy s’avère plurivoque. Pour les Anglo-Saxons, il recouvre à la fois le territoire du merveilleux et celui du fantastique. Dans son essai Aspects of Fantasy, Michael Moorcock répond à la question “ Qu’est-ce que la fantasy ? ” de la manière suivante : “ C’est bien sûr, un large territoire, mais il est, d’autre part, assez facile à définir. La fantasy est formée de fictions qui ont relation au fantastique, qui dépassent le cadre de l’expérience humaine ordinaire. ” Il n’est pas étonnant dès lors que, dans leur Fantasy : The 100 Best Books, James Cawthorn et Michael Moorcock fassent figurer Le moine (1795) de M. G. Lewis, Les aventures d’Arthur Gordon Pym (1838) d’Edgar Poe, Le portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde, Le monde perdu d’Arthur Conan Doyle, Un nommé Jeudi (1908) de G. K. Chesterton ou Le procès (1925) de Franz Kafka. Pour aussi vague que soit cette définition, elle permet une première approche : la “ fantasy ”, comme la science-fiction, appartient au domaine des littératures de l’imaginaire, par opposition aux littératures du réel ou réalistes.

Ce n'est pas moi qui le dit c'est Jacques Baudou dans "la Fantasy" 2005.

Je suis toujours très impressionné par les universitaires. 

Je garde ma casquette à la main et je raconte les histoires qui me passent par la tête.

Rare quand elles deviennent un livre.

Il faut bien avouer que celui-ci est venu, ramure après ramure.

Il vient du souffle d'un homme qui n'existe pas. Il est le buisson de son souffle. Un homme qui n'est pas moi mais que je garde pourtant dans ma poitrine. Je ne connais aucun des personnages qu'il dit avoir connus. Ce sont ses rencontres.

Nous avons eu, lui et moi, cette étrange expérience de partager une conscience. Un concept éminemment moderne, pourtant aussi vieux que le récit. C’est ce qui a fait le livre. Nous allons continuer ici.